Histoire du couvent des carmes

"Que chacun demeure seul dans sa cellule où près d'elle, méditant jour et nuit la loi du Seigneur et veillant dans la prière" : voilà le noyau de la Règle que les premiers ermites (pèlerins ou croisés) retirés sur le Mont Carmel reçoivent, au début du XIII siècle, par la main du Patriarche de Jérusalem, Albert.
En choisissant de vivre sur le Mont Carmel sur les traces du prophète Élie - l'homme de Dieu dont la parole brûlait comme une torche - la Communauté érémitique est d'ailleurs consacrée à Marie, dont elle désire imiter la vie toute cachée en Dieu, et à l'honneur de laquelle elle a bâti une petite église au centre du monastère. Dorénavant les ermites seront appelés les "Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel".
Après la reconnaissance officielle de l'Ordre, les Carmes vivent en paix en Palestine pendant quelques années. Puis les Sarrazins les déciment ; ils prennent alors le chemin de l'Europe, où l'Ordre fleurit merveilleusement, de l'Italie à l'Angleterre.

La première fondation des Carmes en Brabant est celle de Bruxelles en 1249. Leur couvent est construit près des remparts de la ville sur un terrain mis à leur disposition par Henri III, dans le quartier d'Overmolen, au sud de Saint-Géry, dans la rue qui est nommée depuis alors : rue des Grands Carmes.
En 1268 le Chapitre de Sainte Gudule autorise les Carmes à élever une chapelle; l'église est bénie en 1285, et agrandie et munie d'une tour en 1441. Pendant trois siècles les Carmes accomplissent à Bruxelles un ministère fécond. Leur couvent jouit d'un tel prestige dans la capitale que Philippe le Beau choisit leur église pour y tenir, le 22 janvier 1501, un chapitre de l'Ordre de la Toison d'Or. L'église et le couvent sont complètement détruits par les bombes enflammées que Louis XIV fait pleuvoir sur Bruxelles en 1695; ils sont reconstruits au début du XVIII siècle.
Le 25 octobre 1796 les Carmes Chaussés sont supprimés et chassés, tandis que les bâtiments sacrés sont définitivement détruits en 1797 par la tourbe révolutionnaire française.

On a parlé jusqu'ici de "Grands Carmes" ou bien de "Carmes Chaussés" : tel est, en effet, le nom qui a été attribué aux Carmes qui n'ont pas accepté la réforme commencée en Espagne par Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) et Saint Jean de la Croix (1541-1592). Les Carmes de Sainte Thérèse furent appelés "Déchaussés", à cause de leur volonté de suivre une vie plus conforme à la Règle ancienne du Patriarche Albert, marquée par un fort esprit de pauvreté et de pénitence.
En 1600, la Belgique est donnée en apanage par le Roi d'Espagne aux Archiducs Albert et Isabelle, qui avaient connu, en Espagne, le Réforme de Thérèse, protégée par le roi Philippe II. Le 22 février 1607, arrive à Bruxelles la Vénérable Anne de Jésus, ancienne collaboratrice de Thérèse d'Avila. Installée à Bruxelles, la Vénérable demande des Frères Carmes au Père Général de l'Ordre, en Espagne, mais sans succès. Elle demande alors au pape Paul V, au nom des Archiducs, pour qu'il envoie des Carmes qui appartiennent à la Congrégation italienne de l'Ordre, en envoyant en même temps 200 ducats pour les frais de voyage
En 1610, le Père Thomas de Jésus est désigné. Après avoir rempli précédemment en Espagne les diverses fonctions de Lecteur en théologie, prieur dans divers couvents, provincial de Castille et définiteur général, il avait été rappelé sur l'ordre du pape à Rome, pour y travailler à la diffusion de la famille de Sainte Thérèse. Il arrive à Bruxelles mi-août 1610, avec les Pères François de Sainte-Anne, Sébastien de Saint François, Louis de l'Assomption et Hilaire de Saint Augustin. Ils sont reçus avec enthousiasme par les Archiducs et les habitants de la capitale. Ils sont hébergés dans la maison de Dom Bernard Montgaillard, Abbé d'Orval, de l'Ordre de Cîteaux, prédicateur des Archiducs, et ils transforment cette maison en couvent et chapelle.
Le 20 août a lieu la fondation officielle de la première Communauté des Carmes Déchaussés au Pays-Bas, qui bientôt fleurira, en donnant le jour à deux Provinces (Province Flandrobelgica et Vallobelgica).

Le 8 septembre 1611, à l'emplacement occupé aujourd'hui par la caserne Prince Albert (rue des Petits Carmes, au côté du Palais d'Egmont), les Archiducs, en présence du Nonce Apostolique, S.E. le cardinal Bentevilio, posent la première pierre du nouveau couvent.
L'église est consacrée le 15 octobre 1614, jour de la fête de Thérèse d'Avila, qui vient d'être béatifiée par Paul V. Le retable de l'église, représentant l'Assomption de la Vierge Marie, est peint par P. P. Rubens (ce chef-d'oeuvre se trouve maintenant aux Musées Royaux de Bruxelles). Lors du sinistre bombardement de 1695, même le couvent et l'église des Carmes Déchaussés sont complètement abîmés, mais à petit à petit réédifiés.
L'apostolat des Pères est si apprécié, que des grandes familles réclament comme un honneur le privilège d'avoir leur sépulture dans le monastère des Carmes. De sa part, la ville de Bruxelles donnera à l'Ordre même un Père Général : le Père Arnaud de Roye, élu général en 1731. Par décret de la république française, le 4 août 1796 les Carmes sont supprimés, et le 4 novembre suivant sont chassés de leur couvent, dont on fait une prison. Le couvent et l'église sont démolis en 1812.